Que signifie « shorter » en langage de trader ?

Par Christophe Tunica

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Shorter est un anglicisme, que les traders français utilisent pour évoquer la VAD… Attention, cet acronyme ne signifie pas « Vente à Domicile », mais « Vente à Découvert » ! De quoi parle-t-on au juste, en quoi consiste l’art de « shorter » et quels sont ses intérêts ? On vous dit tout sur le sujet…

Shorter; qu’est-ce que c’est ?

Concrètement, le trader qui décide de « shorter » demande à son courtier de lui prêter des titres qu’un tiers détient dans son portefeuille. Puis, il vend ces titres sur les marchés financiers, avant même de les détenir réellement dans son propre portefeuille (d’où l’expression de « vente à découvert »). A l’issue de la revente, le trader rachète la même quantité de titres que celles qui lui ont été « prêtées » afin de les restituer au détenteur. Si le cours de ces titres est en baisse, le rachat se fait à un prix inférieur à celui de départ. L’opération peut ainsi générer une plus-value rapide et facile, le courtier étant rémunéré par une commission.

En résumé, et à titre d’exemple, pour « vader »; ou « vendre à découvert » :

  • L’investisseur « emprunte » à son courtier (ou « broker »), un titre qui cote 50 €
  • Il revend ce titre sur le marché boursier, à ce même prix, tout en pariant sur une baisse de son cours de bourse,
  • Le cours baisse effectivement… Il rachète alors ce même titre 45 €, et clôture sa position de vente. Il empoche au passage, 5 €
  • Il restitue ensuite au courtier, le titre « emprunté » et lui verse sa commission.

Quel est l’intérêt de « shorter » ?

Le fait de shorter peut avoir deux objectifs distincts :

  • Soit de spéculer à la baisse pour réaliser des gains : comme nous l’avons vu précédemment, les marchés boursiers baissiers sont sources d’opportunités pour les férus de vente à découvert. Cependant – sauf à traverser un krach boursier – ces situation ne sont pas si fréquentes. L’art de shorter, c’est donc de parvenir à anticiper une baisse du cours d’un indice ou d’une action, ou à détecter s’ils sont survalorisés, ou encore d’être en mesure de prévoir que l’entreprise qui les émet va connaitre des difficultés. Si la baisse est avérée, elle va permettre de rembourser à un prix inférieur et avec un règlement différé, des titres que l’on a jamais vraiment possédé. Cela peut s’avérer être une bonne opération… Le film « The Big Short » raconte par exemple, comment des traders américains, ont amassé de véritables fortunes en 2008 au moment de la crise des subprimes. Le talent de ces traders avait alors consisté à anticiper cet éclatement de la bulle spéculative de l’immobilier américain. Voilà comment le malheur des uns à fait le bonheur des autres, ce qui est souvent le cas en matière de short selling. Pour autant, la volatilité des marchés ou certains retournements brutaux peuvent aussi, in fine, provoquer une hausse du cours. Dans ce cas, le short selling peut aboutir à une perte, ou une position neutre. Shorter peut donc aussi s’avérer être un jeu dangereux…
  • Soit de se couvrir d’un risque de variation des cours : c’est ce que les anglo-saxons appellent le « hedging », et les Français la « couverture du risque ». La méthode consiste, pour se protéger des fluctuations d’un cours, à prendre deux positions opposées avec le même montant ; une à la baisse, en « shortant », l’autre à la hausse. Cette technique, qui aboutit à un risque très réduit, voire nul, n’a pas vocation à réaliser des gains. Elle permet en revanche, d’observer les tendances d’un marché avant d’y investir lorsque ce dernier suscite des doutes.

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